LA NUIT DU RAGNAROK
Une épopée en trois tomes où les dieux saignent et les hommes se dressent
EXTRAIT
TOME 1
L’horizon était teinté d’un rouge sanglant, une couleur malveillante qui semblait suinter du ciel comme une plaie béante, enveloppant le monde d’une lueur apocalyptique. Les montagnes, autrefois glacées, symboles de grandeur et de pérennité, se dressaient, telles des sentinelles funèbres, leurs sommets déchiquetés perçant la voûte céleste, semblables à des griffes acérées. Ces géants silencieux étaient imprégnés d’une sombre majesté, leurs parois givrées miroitant faiblement sous la lumière mourante, rappelant les larmes gelées d’un titan en deuil. Chaque crête, chaque falaise affichait les stigmates du temps, évoquant des batailles phénoménales entre forces naturelles et divines.
Au pied de ces monts, les chênes millénaires s’élevaient comme des colonnes funéraires, leurs troncs noueux et épais paraissant porter le poids des âges. Leurs branches tordues s’étendaient vers le ciel, tels des bras suppliants ou des doigts crochus cherchant à percer les ténèbres environnantes. Leurs ramées, d’un vert sombre presque noir, bruissaient faiblement sous le souffle glacial du vent, comme si ces anciens gardiens murmuraient des secrets oubliés aux montagnes. Chaque arbre semblait habité par une essence ancestrale, ses racines profondes infiltrant la terre gelée pour s’ancrer dans des souvenirs lointains. Ensemble, massifs et feuillus formaient un tableau à la fois grandiose et oppressant, une harmonie lugubre où la nature elle-même s’obligeait à pleurer un destin inéluctable.
L’air était un tourment invisible, chargé d’une froideur si piquante qu’elle donnait l’impression d’aspirer toute vie alentour. Chaque tourbillon n’était pas simplement glacial, mais portait en lui une hostilité palpable, comme si les murmures des âmes perdues s’étaient transformés en lames de verre, tranchant à travers la chair et l’esprit. Cette force implacable, cruelle et omniprésente, s’insinuait jusque dans les moindres interstices, glissant sous les armures et pénétrant les os avec une précision presque malveillante. Il n’apportait aucune promesse de répit, seulement un vide angoissant, une sensation de désolation qui s’accrochait à la peau et hantait la conscience.
Les hurlements du vent résonnaient dans les crêtes enneigées, mais ces cris n’étaient pas ceux d’une bourrasque classique, ils étaient empreints d’une rage ancestrale, un écho des guerres oubliées et des malédictions proférées par des voix disparues. Ce n’était pas un souffle ordinaire. Il portait en lui une intention, une volonté malsaine de ravager et de détruire tout ce qu’il rencontrait. Lorsqu’il descendait dans les creux obscurs où la lumière ne pouvait poindre, il laissait derrière lui un sillage scintillant, mais ce givre n’était pas simplement de la glace, il apparaissait vivant, vibrant d’une énergie sombre, comme si chaque cristal contenait un fragment de désarroi figé.
Au fil des minutes, il devenait difficile de distinguer ce qui provenait du vent et ce qui émanait de la vallée elle-même. L’air semblait se refermer, comme un piège invisible prêt à étouffer toute tentative de survie. Et dans ce voile impalpable, stressant, l’idée même d’espoir était balayée, laissant place à un sentiment d’abandon total, comme si le monde entier n’était plus qu’un champ de ruines en suspens, enveloppé dans un souffle mortel qui refusait de s’éteindre.
Copyright 2025 francis.gilles. Tous droits réservés.